Les
dents et la plongée
Les
problèmes dentaires liés à la pratique de la plongée sont pour ainsi
dire tous en relation avec les variations de pressions rencontrées lors
des différentes phases de l'immersion du plongeur. Les accidents ayant
rapport aux dents sont donc à classer dans la catégorie mécanique, autrement
dit les barotraumatismes.
Je passerais en revue d'une part les "pépins" rencontrés lors de la
descente soit lors de la mise en pression, et d' autre part ceux rencontrés
lors de la remontée soit lors de la décompression.
DESCENTE
Lors
de la mise en pression au cours de la descente, les variations sont
relativement plus importantes près de la surface (100% d'augmentation
de 0 à 10 m), c' est là que vont se manifester les premiers symptômes.
a)
Dans le cas d'une dent non traitée mais atteinte d'une carie perforante
(qui atteint le tissu pulpaire) l'hyperbarie va provoquer une mise en
pression du parenchyme pulpaire, qui va s'écraser, devenir douloureux,
c'est la pulpite classique.
Traitement
: Remontée immédiate et aller consulter son dentiste pour faire traiter
la dent.
b)
Lorsqu'on a affaire à une dent obturée (amalgame par exemple), il arrive
que cette obturation soit légèrement mobile dans la dent, et ce, soit
pour une raison de vieillissement (fendue par exemple), ou pour cause
iatrogène. A ce moment là, c'est la pression de l'obturation sur la
pulpe qui provoquera la pulpite par écrasement.
Traitement
: Idem que sous point a).
c)
Il arrive également que l'on assiste à des implosions destructives sur
des dents déjà obturées, explicables par des fentes des obturations
ou des retraits au niveau de l'ajustage marginal des obturations générateurs
de caries secondaires sous obturations, créant ainsi une cavité propice
à cette implosion.
d)
Une hyperbarie plus importante entraînerait selon notre confrère P.Perraud
une arthrite alvéolo-dentaire associée à une sinusite dont la cause
serait due à un traumatisme hyperbare de la deuxième branche du trijumeau
qui entraînerait une vasodilatation du système vasculaire dentaire génératrice
de douleurs à la mastication associée à une plus ou moins grande mobilité
des dents, et exacerbée par les variations de température. Ces symptômes
sont ceux d'une arthrite dentaire classique, et disparaissent également
par un traitement anti-inflammatoire approprié.
e) Après extraction récente d'une dent dont la racine se trouvait située
près du sinus par exemple, il peut arriver que le plongeur faisant une
manœuvre de Valsalva un peu brutale, fasse passer l'air par un trajet
transalvéolaire créant ainsi un emphysème muqueux ou sous-cutané très
douloureux.
REMONTEE
Lors
de la décompression, c'est également près de la surface que la plupart
des incidents vont se déclencher.
a)
Sous une obturation fendue par exemple ou mal ajustée au niveau la marge,
l'air emprisonné va en se détendant augmenter de volume et tendre à
expulser l' obturation déficiente.
Là deux cas se présentent :
-
L'obturation cède et le plongeur est soulagé mais risque d'avaler le
morceau d'obturation incriminé ou pire risque de le faire passer dans
les voies bronchiques avec la toux et la panique qui peuvent en résulter.
- L'obturation tient bon et c'est la pulpe qui est comprimée avec les
douleurs intolérables que cela provoque et qui augmentent au fur et
à mesure que l'on se rapproche de la surface.
Traitement
: Redescendre un peu jusqu'à ce que la douleur cesse puis amorcer une
remontée plus lente en espérant que l 'air emprisonné ait le temps de
s'échapper par là où il est rentré.
NB
: Si l'on se force à une remontée vraiment trop rapide et si les parois
de la dent sont faibles, on s'expose au risque d'une véritable explosion
de la dent.
b) Dans le cas de dents dévitalisées, il peut arriver des accidents
analogues mais plus graves. En effet, si dans la pâte d'obturation radiculaire,
certaines bulles persistent ou certains canaux secondaires ou aberrants
ne soient pas ou mal obturés, et que ces bulles ou cavités soient mis
en équipression lors de la plongée, il est fort probable que lors de
la remontée, l'augmentation de leur volume provoque également une explosion
de la dent mais au niveau de la racine, ce qui nous amènera irrémédiablement
à devoir procéder à l'avulsion de cette racine.
NB
: Il est actuellement quasi impossible de garantir une étanchéité absolue
à long terme de n'importe quelle pâte d'obturation radiculaire.
c)
Lors d'extraction récente, l'alvéole fraîchement cicatrisée va également
réagir à la décompression sous force de douleur pulsée et lancinante
comme si un dégazage s'effectuait à travers le mince endothélium des
capillaires néoformés de cette alvéole.
d)
Certains auteurs signalent également que la pulpe dentaire possède une
vascularisation terminale si fragile que lors de la décompression elle
serait soumise à un aéro-embolisme.
e)
D'autre part, le DOUCEN a démontré in vitro sur des coupes de dents
de véritables accidents de décompression dentaires où l'on remarque
des agrégats de globules rouges dans des vaisseaux pulpaires dilatés
par un dégazage. Ceci pourrait expliquer certaines douleurs vives sur
des dents totalement saines, douleurs augmentées par la mastication
et persistant longtemps après la plongée.
f) Après la plongée, on peut également remarquer parfois une gêne dans
l'occlusion. Cette gêne est due soit à une crispation excessive sur
l'embout pendant la plongée, soit à la nature même de cet embout (trop
dur par exemple), il faut alors en changer. Un embout inadapté peut
également être tenu pour responsable de gingivite aiguë ou de desmodontite
aiguë apparaissant après la plongée.
Au
niveau gingival, on peut également trouver dans les espaces interdentaires
des zones où les débris alimentaires compriment les papilles interdentaires
et entretiennent un état d'inflammation douloureux qui sera lui aussi
exacerbé par les variations de pression rencontrées lors des différentes
phases d'une plongée mais principalement lors de la descente.
Mis
à part ces problèmes liés aux variations de pression, il faut également
ajouter que les dents supportent mieux les fortes températures (=> 55
°C) que les basses températures (< à 15°C), et ce surtout si les fonds
de cavités (isolations) sont déficients. Or les mélanges respirés en
se détendant se refroidissent et par là irritent l'organe pulpodentinaire
s'il n'est pas bien isolé.
Certains cas de douleurs sinusales peuvent également être imputés à
des dépassements de pâte d'obturation radiculaires dans les sinus maxillaires,
devenus douloureux en hyperbarie. Les douleurs sont alors sinusales
et parfois même otitiques alors que l'origine est dentaire et iatrogène.
D'une
façon plus générale, il faut signaler que la propagation de la carie
est facilitée en hyperbarie de par la pénétration carieuse des tubulis
dentinaires.
Pour
terminer, je préciserai encore qu'en ce qui concerne les réhabilitations
prothétiques, il va de soi que les travaux prothétiques fixes (pont
& couronnes) sont à préférer à ceux de prothèses amovibles quoique le
port ce celles-ci ne soit pas pour moi une contre-indication absolue
à la plongée sous-marine, à condition bien entendu qu'elles soient réalisées
de façon irréprochable.